Celles entre ce que je suis et ce qu'on a voulu que je devienne.
Dans chacune de mes toiles, une même figure revient : elle s'inspire de l'Okuyi, élément sacré de ma culture gabonaise. Je la place dans des paysages suspendus — mers nocturnes, ciels dorés, vallées silencieuses — où elle observe, traverse, contemple.
Face à elle, parfois, des symboles d'une autre origine : un halo qui évoque une iconographie chrétienne, une pomme qui rappelle un jardin qui n'est pas le sien. Ce ne sont pas des oppositions brutales. C'est une confrontation silencieuse, presque douce — celle de deux mondes qui coexistent depuis longtemps, sans jamais vraiment s'être choisis.
Parce que la religion qu'on a imposée en Afrique n'est pas arrivée pour dialoguer. Elle est arrivée pour remplacer, effacer, faire taire ce qui existait déjà — nos croyances, nos rites, nos figures sacrées.
Mon travail ne cherche pas à trancher entre les deux mondes. Il les fait se regarder. Il donne à la Culture la place centrale qu'on a longtemps voulu lui retirer, et il interroge ce que la religion imposée a réellement laissé derrière elle — coexistence ou effacement.
Chaque toile est un fragment de ce dialogue. Un chapitre d'un même voyage.